Kamer Urbain : Bonjour Yann et merci de répondre à nos questions. Avant qu’on entre dans le vif du sujet, nos internautes aimeraient bien savoir qui vous êtes ?

 

Yann Myndja : Bonjour Kamer Urbain, la référence des musiques urbaines au Cameroun. Personnellement ça ne me dérange pas qu’on me tutoie déjà,  je trouve que c’est plus relaxe. Laissons le protocole pour les gens en veste. Pour faire court, je suis un jeune camerounais j’aime souvent dire les choses de cette façon et mes aptitudes professionnelles sont celles d’un technicien ou alors d’un ingénieur du son régulièrement formé .

 

Kamer Urbain : Peux-tu nous présenter ton parcours et comment es-tu devenu ingénieur du son ?

 

Yann Myndja : Mon parcours est très simple. Parti du Cameroun en 2010 grâce à un appui parental, ma présence sur le sol tunisien me fut nécessaire pour acquérir un background important en Musique Assistée par Ordinateur (MAO). Je dis ça comme ça parce que qu’il n’y a personne chez moi qui bosse dans le gouvernement ou qui est riche. Bref durant ma formation, j’ai longuement observé Mr Ben ATEH, l’ingénieur du son qui officiait dans le studio de Postsynchronisation et Postproduction de l’institut. Cet homme-là est un poids lourd dans le monde du doublage, qui a travaillé dans des projets comme Âge de Glace, Plus jamais 2011… Après avoir longuement discuté avec ce professionnel, j’ai eu une idée générale sur les multiples atouts qu’offre cette profession, également c’est grâce à lui que je découvre qu’il y a des écoles qui offrent les types de formation avec les mêmes enseignants à un prix deux fois moins chers que ce que je rencontrais avant. Je me suis par la suite inscrit dans une école de cinéma et d’audiovisuel en Tunisie dans la filière Technique et Production audio pour élargir mes connaissances théoriques et pratiques. Après cette formation, j’ai effectué une certification en Post Production et Sound Design Pro Tools, durant mon stage à la Télévision Nationale Tunisienne .Prévu pour un mois finalement, c’est plutôt parti pour 3 mois de stage. Egalement, j’ai eu la chance de suivre une formation en Publicité et Habillage d’antenne pendant 6 mois par les experts de la société Thomson.

A l’issue de cette formation et fort des contacts que j’y ai acquis, j’ai travaillé au studio Afroland, au studio Event, j’ai également travaillé en free-lance à Janoubia Tv, une grosse chaîne de télévision privée,  puis avec la maison des confédérations à Tunis : c’est une structure qui appartient au ministère des sports tunisien. Là-bas il y avait trop d’exigences sur le terrain technique. Il fallait travailler vite et bien. Je n’oublie notamment pas les petits jobs journaliers aux Festivals de Carthage et d’Helga grâce auxquels je me suis brillamment illustré dans les tâches de preneur de son dans le court métrage Le Chèque au Caire et à Addis-Abeba.

 

Kamer Urbain : Pourquoi as-tu choisi ce métier ?

 

Yann Myndja : J’ai toujours été passionné par le métier de l’audiovisuel et la musique m’a toujours attiré. Quand j’ai eu la chance de pouvoir faire ce métier, j’ai réalisé un rêve. En plus, je voulais uniquement travailler sur ce qui me passionne à savoir le son et vivre d’un métier lié à l’art. Franchement, j’ai toujours eu de la peine à conjecturer ma vie dans la quiétude ennuyeuse des bureaux administratifs. Les réunions qui débutent à 8 heures et qui durent une éternité et toutes les autres exigences qui s’imposent dans une vie de fonctionnaire me parurent insupportables très tôt. J’abhorre la monotonie. Un des plaisirs de ce métier, c’est qu’aucune journée ne se ressemble. Parfois il n’y a pas d’heure ou de jour de travail. Dans la même semaine on rencontre des artistes, des producteurs ou des réalisateurs aussi. J’aime être dans l’équipe qui va permettre une rencontre entre un produit et un public. C’est quelque chose de génial.

 

Kamer Urbain : Et ton séjour au pays, ça se passe bien ? comment trouves – tu l’environnement ?

 

Yann Myndja : Man, le Kamer est un pays différent des autres. Tu peux avoir toutes les facilités du monde ailleurs dès que tu arrives au Cameroun, c’est le ndem. J’ai l’impression que dans ce pays, beaucoup de personnes n’apprécient pas le  bon travail. Partout c’est le copinage; quelqu’un préfère avoir un mauvais produit en main et l’essentiel, c’est que ça passe à la télé ou qu’on écoute la voix du chanteur. Il y a même un promoteur de radio, il m’a dit : « Au Cameroun, on se fiche de vos choses d’esthétique et design là » et je lui ai dit que quand j’étais petit, il y avait un style de clip qui passait  à la Crtv, avec des effets où on transforme une personne en forme de cœur, nous étions gamins mais l’œil pouvait voir que c’était du bon travail. Aujourd’hui, reviens avec ce genre de clip, personne ne va te prendre au sérieux. Bientôt, ce sera pareil dans le cinéma et la musique. Quand tu écoutes le Makossa et le Bikutsi d’aujourd’hui, à quoi ça ressemble ? Le fait d’être populaire ne veut pas dire qu’on est bon. Ce n’est donc pas étonnant non seulement de voir les films d’ailleurs, mais les musiques des pays voisins envahir notre pays. Mais moi je tire un coup de chapeau aux gars qui font dans la musique urbaine. Ils n’ont pas de moyens mais arrivent à faire de grandes choses.

Il faut qu’on sorte les gens de cette médiocrité, on ne peut bâtir un pays dans la médiocrité surtout que le Cameroun bascule  vers  la TNT, il faut des contenus exigeants avec beaucoup de professionnalisme.   L’enjeu est grand, comment voulez-vous captiver un téléspectateur qui regarde un film ou un programme de divertissement dans une télé étrangère et quand il revient chez nous il sent qu’il y’a un truc qui ne va pas, les gens sont de plus en plus exigeants,  il y’a un enjeu majeur au niveau de la  qualité  et de de l’originalité,  un programmateur doit remplir plusieurs conditions pour avoir un fort  taux d’audience, le  but d’une télé  est de  garder le public, empêcher le téléspectateur de changer de chaîne, prendre un téléspectateur d’une autre chaîne et  le fidéliser. Quand tu regarde certains films Camerounais qui passent partout là, c’est du gros n’importe quoi, parfois ça donne envie de vomir,  aucun canal technique n’est respecté : faux raccord,  mauvais cadrage, mauvais montage, l’éclairage est nul, le directeur photo : zéro, pas d’étalonnage, la décoration alors c’est les problèmes. Parfois à la prise de son, on entend des  bruits inhérents : le vent, le souffle, les bruits de câble,  la perche qui apparaît dans le film, mais s’il y a un problème avec le son, direct on repart au studio pour la Postsynchronisation qui est une technique permettant de réenregistrer en studio le dialogue ou la voix off d’une œuvre audiovisuelle et on refait, les ambiances sonores et les des effets, pour avoir un bon son parfait, c’est le  problème que connait le cinéma nigérian en version française : des africains qui parlent comme des blancs. Hormis ça il manque souvent des ambiances sonores, par un exemple dans un film où on voit une personne qui marche mais on n’entend pas le bruit de ses pas, c’est dû au fait qu’on n’avait pas pensé à la version internationale du film c’est-à-dire : la version internationale d’une production audiovisuelle est une copie de la version originale (langue source) sans les dialogues (son) ni les titres (image). Cette version internationale servira de base pour les adaptations dans une ou plusieurs langues étrangères.

 

Kamer Urbain : Mais les producteurs de films Camerounais n’ont pas les mêmes moyens que ceux d’Europe

 

Yann Myndja : Ecoute moi, je ne parle pas d’Europe, les gens de l’Afrique de l’Ouest font comment ?  Des milliers de Camerounais sont de plus en plus accros aux productions cinématographiques de Nollywood au Nigéria. Et ça dure depuis plusieurs années. parce que c’est  bien, c’est pas forcement meilleur qu’en Asie mais ils ont des très bons films, j’ai vu des très bons films Burkinabés, Tchadiens, Congolais…  regarde une série comme les ‘’Bobodiouf’’ ou ‘’Ma Famille’’, en plus il y a des très bons films Camerounais,  pourtant  cela se ressent  que les Camerounais veulent consommer et renouer avec  leur culture mais il y’a un manque de professionnalisme, on a l’impression que les gens font du cinéma pour se faire plaisir, cependant, le Cameroun regorge un potentiel énorme, une  richesse touristique infinie, de très beau décors, des paysages, une tradition énorme, il y a des contes et chants qui ne sont pas  exploités.

 

Kamer Urbain : A t’écouter on a l’impression que tout est totalement nul, tu ne vois pas que tu exagère là ?

 

Yann Myndja : Non je ne suis pas entrain de dire que c’est le cas, il y’a plein de bons films, des séries et des comédies ici au pays, qui n’a pas aimé  ‘’La Rien Blanche’’  à Canal 2  , ‘’Ntafil’’ sur la CRTV, des films comme confessions avec Koppo y’en a plein…  Regarde nos frères de la partie anglophone du pays,  là-bas c’est le haut niveau, je pense même que l’avenir du cinéma Camerounais est là-bas est et en plus ils sont ouverts à tous quand tu rencontre un gars de là il cherche pas savoir tes origines, il s’appuie uniquement sur tes qualités.

Malgré  les difficultés et les obstacles il y en a plein qui font du très beau travail ici par exemple : Studio Iboga, Ns Pictures, Ndukong   Dr. Nkeng Stephens ,  ils sont très nombreux  les gens qui pensent que c’est forcément les moyens, ce n’est pas toujours le cas.  J’ai vu Canal2 Movies, c’est une très belle initiative qu’il faut magnifier, une chaîne qui diffuse uniquement du Cinéma Camerounais c’est vraiment magnifique mais parfois il faut que les dirigeants exigent des contenus de bonnes qualités aux réalisateurs,  un peu comme Trace Africa avec les clips vidéo.

 

Kamer Urbain : Malgré tout ce que tu cite, peux-tu conseiller à un jeune ou un camerounais lambda de revenir au pays ?

 

Yann Myndja : Bien sûr, c’est à nous de faire le boulot, personne ne viendra construire ce pays à notre place,  il y’a des gars très doués ici pourtant qui ne sont jamais partis ailleurs, le tout n’est pas de voyager mais de revenir, il y’a plein de Camerounais qui veulent revenir mais il y’a trop tracasseries ici, c’est au Gouvernement qu’incombe la responsabilité d’offrir davantage d’opportunités aux jeunes qui veulent investir ou rentré au pays.

 

Kamer Urbain : Et qu’est-ce qu’il  faut pour que le cinéma Camerounais soit plus compétitif ?

 

Yann Myndja : Il faut les moyens de productions et des œuvres de bonne qualité, il faut mettre chacun à sa place, cela passe aussi par une formation, pas forcément à l’école. Surtout faire confiance aux jeunes, il y’a trop de talents dans ce pays ;  On est fatigué de voir la médiocrité détruire le Cameroun, l’audiovisuel c’est un  espace d’activité de débrouillardise,  il faut des véritables structures de production appropriées  pour accompagner les productions et des mesures de financements neutres et surtout  il y’a un mot qui revient tout le temps, c’est « numérique ». Il faut s’approprier le monde numérique pour construire  notre futur et celui des Camerounais pour lesquels on travaille.

 

Kamer Urbain : As-tu des contacts avec les gens du domaine de l’audiovisuel ici au Cameroun ?

 

Yann Myndja : Depuis que je suis arrivé au Cameroun j’essaie d’aller vers tous les acteurs du domaine de l’audiovisuel parfois je contacte certains sur internet, pas parce que j’estime que je suis meilleur que eux c’est pour un échange de connaissance et collaboration mutuelle, mais tout le monde n’est pas souvent ouvert, je travaille en collaboration avec plusieurs studios d’enregistrement à Yaoundé, j’ai effectué plusieurs habillages pour plusieurs radios et des pubs pour des entreprises depuis que je suis là et je reste ouvert à tous, moi je n’ai de problème avec personne au contraire je pense que aller vers les autres  sans préjugés  élargit nos horizons.

 

Kamer Urbain : Puis ce que tu es dans le domaine, quel est la différence entre  un ingénieur du son, un technicien son et un arrangeur ?

 

Yann Myndja : Dans certains pays,  l’appellation « ingénieur du son » recouvre plusieurs niveaux de responsabilités professionnelles. Tous les professionnels qui touchent à la console gérant le son dans une entreprise « pro » peuvent en effet s’appeler ingénieur du son. Technicien, assistant, opérateur, chef opérateur…, tous n’ont pas le même niveau de qualification ni de responsabilité en régie ou en studio. Dans d’autres pays, il est interdit à ceux qui n’ont pas de formation dans ce domaine de s’autoproclamer ingé du son, pour le cas du Cameroun je ne sais pas.

L’arrangeur musical ou Musique Producteur est un compositeur de haut niveau, qui a une solide formation en solfège et dont le travail consiste, à partir d’une mélodie avec ou sans accompagnement, à l’enrichir par l’adjonction d’autres instrumentations et/ou par l’enrichissement mélodique et harmonique des lignes mélodiques déjà existantes. L’arrangeur musical a avant tout une bonne oreille musicale et un sens solide de la composition et de l’instrumentation.

 

Kamer Urbain : Conseillerais-tu un jeune de se lancer dans ce métier métier du disque  au Cameroun ?

 

Yann Myndja : Oui s’il croit en lui. Il ne faut pas penser à la sécurité de l’emploi mais juste avoir envie d’y travailler et d’y faire ses preuves. Je vous garantis que c’est un métier qui rapporte beaucoup d’argent et ici au Cameroun je connais plein de gens qui ne vivent que de ça, d’ailleurs moi j’en fais partie et l’avenir est très promoteur ici au pays mais il faut être sérieux dans tout ce que l’on fait dans cette vie.

 

Kamer Urbain : Alors quels sont tes projets d’avenir, tu vas rester définitivement au pays ?

 

Yann Myndja : Je suis de retour  au pays  et  je compte être plus ici pour avoir une base solide dans mon pays, de temps en temps je peux faire un tour hors du pays quand il y’a une occasion et les moyens qui vont avec, moi j’aime pas trop être chez les autres, j’aime pas quand on me demande « tu es de quel pays ? » En ce qui concerne mes projets, je travaille sur un documentaire sur la réserve du Dja, je suis le directeur technique la nouvelle radio Oxygène Fm 101.5 , je trvail aussi pour la postproduction du longmétrage « Au nom de quoi »  de Hans Bello     je travaille  pour mon projet « Africa 1000 Sound Fx ». Tu sais dans le monde tu cinéma on utilise les ambiances sonores  mais pour l’Afrique il y en a pas pratiquement, parfois les gens sont souvent obligés d’adapter quelque chose qui ressemble à une forêt africaine ou un lieu d’Afrique pourtant on a tout ce qu’il y a de naturel ici, je pensais que ça devait être facile mais il me faut plus de temps  et les moyens en plus ça m’occupe vraiment.

 

Kamer Urbain : Pour conclure, tu avais créé une radio web dénommée Mbollo Sound, pourquoi elle ne fonctionne plus ? Peux-tu nous en dire quelques mots ?

 

Yann Myndja : Je suis   bien conscient, mais j’ai dû prendre la décision de mettre ce projet en stand-by   depuis uque je suis revenu au Cameroun , l’accès à internet n’est pas très facile et c’est très coûteux surtout pour une web radio, if faut en moyennes une connexion de  512 kps par sec pour émettre en direct hormis ça il y a certains de nos associés de Belgique qui sont partis  puis ce qu’on s’est rendu compte que les Africains n’ont pas encore  la culture de la web radio et ça ne rapportait rien en plus je suis le directeur technique de la radio Oxygène Fm à Yaoundé 101.5 ce travail me prends du temps sans oublier que je travaille dans beaucoup de studio.

 

Contact : Tél : (237) 698.989.947/242.033.820

Email : mm_yann@live.fr

Facebook : Yann Myndja

KAMER URBAIN| le Reflet de la Culture Urbaine du Cameroun

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