Depuis plus de 6 ans, l’objectif principal de votre webzine préféré a toujours été de promouvoir la culture urbaine camerounaise ; ici on mange 237 et on parle MBOA. Des émissions de radios, des spectacles, des cyphers, des festivals ou encore des shows-cases ont été créés dans ce sens en complément du site web. Ceux qui nous suivent depuis les débuts savent à quel point l’art urbain étouffait parce que marginalisé et boycotté par les médias conventionnels; ceux qui nous suivent depuis les débuts savent sûrement combien de confrères (MboaUrban, Music2a, Mboainfo, Kamerattitude, The Camerounist..) ont jeté l’éponge à cause des nombreuses difficultés rencontrées (qui existent toujours d’ailleurs) dans le métier. Mais çà c’était avant ! Aujourd’hui avec l’avènement des réseaux sociaux, la révolution de la pop culture afro et la simplicité de l’accès aux NTIC, il est beaucoup plus facile de produire du contenu diversifié (articles, podcasts, vidéos etc..) sur le showbiz camerounais ; surtout qu’il y a un phénomène qui a pris un formidable envol ces 3 dernières années : le blogging. En gros toute personne qui a un ordinateur/smartphone, une connexion internet et de bonnes bases en français/anglais peut devenir du jour au lendemain : journaliste, critique, chroniqueur, consultant ou même philosophe sur tous les sujets qui l’intéressent. Atome a démarré avec un blog, JeWandaMagasine était à la base un groupe Facebook etc…Le futur (et la liberté) c’est le web, et ca fait plaisir de voir tous ces webzines (LeFiltre magasine, Au Letch, Afroziky, Batobesse, Le Gentil Genie, Kwata Mag, Beta Tinz, showbiz237, Kamerlink…) autant s’investir (avec succès) dans la valorisation de notre culture et de notre patrimoine si riches. Malgré ce joli postulat, une chose vient noircir le tableau : on ne peut toujours pas parler de l’existence d’une véritable presse spécialisée dédiée à la musique ‘‘urbaine’’ camerounaise. Le pire c’est que c’est tout à fait normal.

1) L’incompétence

La qualité primordiale pour pouvoir aspirer à devenir rédacteur Web est sans conteste la facilité d’écriture. Avoir une bonne plume, un vocabulaire étendu, un bon style rédactionnel et un bon niveau de langue sont des indispensables pour intéresser le lecteur et l’inciter à poursuivre sa lecture (surtout quand on sait que : camerounais + lecture = ERROR). Pour rédiger des contenus Web, un esprit de synthèse et une grosse culture musicale sont hautement nécessaires (sans même vous parler de l’important travail de recherche méthodologique requis). C’est pour cette raison que des formations universitaires existent : journalisme, communication,  littérature…Vous comprenez donc pourquoi de très nombreux sites camerounais se contentent essentiellement de relayer l’actualité musicale avec des articles à 4 phrases ; d’autres n’ont pas trouvé mieux que de plagier en intégralité des articles déjà existants. Trouver un webzine capable de proposer des dossiers, des analyses ou des critiques cohérents et pertinents (sans fautes d’orthographe ou grammaticales) relève de plus en plus du miracle.

2) Le manque de financement

Un webzine fonctionne comme une entreprise ; elle combine ses moyens humains (rédacteurs, webmasters..) et matériels (ordinateurs, Smartphones, connexion internet, forfait mobile….) afin de proposer des produits (articles) qui seront « achetés » par des clients (lecteurs) de plus en plus nombreux. Créer, héberger et faire fonctionner un webzine demande un minimum d’investissement. Raison pour laquelle le blog (gratuit) s’est popularisé au Cameroun, raison pour laquelle plusieurs sites web ont disparu, raison pour laquelle les articles sont certes nombreux mais souvent pauvres en contenu et de qualité faible voire médiocre. Comme dit plus haut, certains articles nécessitent un travail intense de recherche : il faut interroger les acteurs du milieu, acheter et lire des documents sur le sujet, acheter et écouter des morceaux ou des albums (EP/LP), regarder des émissions débats, des reportages ou des insiders, vérifier les informations, fouiller les réseaux sociaux…tout ça avant de commencer à rédiger. Ce travail exigeant est gourmand en temps et surtout en argent. Qui dit investissement donc dit rentabilité attendu. Le business model des sites gratuits est fragile ; pour le cas du Cameroun il repose essentiellement sur la publicité et le publipostage, qui sont des moyens de monétiser l’audience. Le webzine doit donc produire des articles « intéressants » ou des scoops afin d’augmenter son nombre de visites, sa visibilité sur le web et ainsi attirer les annonceurs; au Cameroun un article « intéressant » parle du djansang de Blanche Bailly ou du bébé de Kylie Jenner (qui n’est peut-être pas au courant que notre pays existe). S’il y en a qui l’ont bien compris c’est Culturebene ou encore JeWanda-Magazine qui ont fait des potins sur les personnalités (bien souvent étrangères) leur fond de commerce.

3) Le manque de professionnalisme

C’est la conséquence directe des points précédents. De toutes les façons on ne peut pas parler de professionnalisme si tout le secteur est encore majoritairement informel. La passion est essentielle mais ne suffit pas pour être un bon rédacteur légitime dans le monde de la presse musicale. Les techniques de rédaction, la responsabilité de l’information, l’éthique, la censure, les droits et devoirs du rédacteur, la couverture médiatique, la direction rédactionnelle…et le meilleur pour la fin : la liberté d’expression. Tous ces éléments font encore majoritairement défaut chez nous. Comment être objectif quand on a faim ? Très peu de webzines proposent des analyses sur les mutations de l’industrie musicale et du rôle joué par ses acteurs dans ce processus au Cameroun ; parce qu’il est plus rentable et plus sécurisant de faire des stars ses amis (obtention de scoops ou d’exclusivités, invitation aux anniversaires en boîte de nuit, selfies à Kribi…) que de produire une critique détaillée (voir notre article sur la critique au Cameroun) qui va à l’encontre de la pensée populaire du moment. Le Gomboland vous connaissez ?!

4) Le manque de solidarité

S’il existe des associations c’est justement dans l’objectif du vivre ensemble autour d’une même passion. Déjà que rien n’est professionnel, vous comprenez que dans ce milieu c’est du chacun pour soi. Tous ces webzines (qui ont généralement un rédacteur) veulent être des stars ou des influenceurs comme ils appellent çà. Vous avez compté le nombre sites web « concurrents » cités en introduction, vous ne verrez jamais ça dans un article ou même une simple publication Facebook chez un autre média. JAMAIS !! Bien entendu ici il est question des organes de presse musicale et non des blogueurs.

5) Le mépris et l’ingratitude des acteurs du showbiz

Cinquième et dernier point de ce dossier.

Vous avez certainement lu la sortie virulente du très très grand manager Isidore Tameu alias Taphis vendredi dernier sur Facebook. La publication commence par « Ces médias torchons » et fait suite à une critique de Paracetamol qui n’a pas digérée par l’équipe de TENOR. A la rédaction de Kamer Urbain nous sommes habitués aux représailles verbales de ce genre ; on nous a déjà traité de tous les noms possibles (jaloux, saboteurs, chômeurs, aigris, affamés….) et franchement on commence même à y prendre goût. Mais bon c’est de bonne guerre et puis c’est compréhensible : personne n’aime être critiqué (négativement) et certains médias ont la plume vraiment dure. Mais ce qui est pathétique c’est la façon avec laquelle les artistes, managers ou encore les promoteurs de spectacle nous traitent ; pour eux nous ne sommes pas différents des filles qui attendent les clients au Carrefour « j’ai râté ma vie » (Douala). Le gars que la jachère menace, foiré et bien laid, va sur place et se gère avec 1 000 F; dès qu’il a un très bon boulot il va aller se marier avec une panthère bien décapée à l’accent parisien irréprochable. Dans le cas d’espèce, nombreux sont ces artistes mainstreams (bien aidés par leurs managers) qui suppliaient pour qu’on s’intéresse à eux (interviews, articles, critiques, classements…) « gratuitement » en début de carrière et qui dorénavant s’affichent aux côtés de Brice Albin (c’est lui la panthère à l’accent irréprochable de notre métaphore) ou de Claudy Siar (quand ils sont en tournée des boîtes de nuit en France). Nous on a droit à quoi ? Au « médias torchons » !! La publication n’était pas explicitement dirigée vers notre webzine mais nous ne sommes pas dupes (surtout que nous n’étions pas les seuls visés). Quoiqu’il en soit ça n’enlève rien aux difficultés (mépris, rétention d’information, mensonge, insultes…) qu’on rencontre de la part de nos artistes vedettes afin d’obtenir des infos, couvrir leurs évènements, assister aux conférences de presse etc…Gervais Ngongang (accessoirement manager de Locko) avait bien pris soin de partager l’article du français Paris Match consacré à son poulain l’an dernier ; en revanche nous on n’a pas eu droit à la même chose quand on a publié la critique de THE BRIDGE (la 1ère de la presse spécialisée) sans toutefois compter qu’il n’a daigné transmettre l’interview que nous avons adressé à son artiste au travers d’un protocole d’interview bien rédigé et envoyé par mail, ce gars a certainement cru que nous étions des suceurs (comme on aime si bien le dire dans ce milieu de ceux qui se battent pour avoir des informations à la source auprès des célébrités). Pour Exemple concret, nous avons aidé à promouvoir le talent de Tenor depuis ses débuts et aujourd’hui nous continuons de le faire et ce gratuitement, aucune reconnaissance, aucun remerciement, tellement Tenor est déjà star qu’il ne répond même pas aux simples messages que nous lui envoyons sur Facebook pour tant en 2015 il nous suppliait de rédiger des articles sur lui, chose que nous avons toujours fait. L’ingratitude est là et les images parlent d’elles-mêmes

Le mot de la fin

Tout le développement qui précède n’est pas une forme de plainte ou de règlement de comptes mais bien un état des lieux. Les points énumérés plus haut permettent de comprendre pourquoi l’éclosion de la presse musicale camerounaise est aussi lente et douloureuse. Non seulement les moyens font cruellement défaut, mais le drame est que ceux qui profitent réellement de ce sacrifice sont ingrats et hautains en retour. Oui on parle bien de sacrifice ; vous savez le temps, l’énergie, le travail qu’il faut pour produire un article de seulement une page et ce de manière régulière le tout gratuitement ?! Et c’est d’autant plus magnifique quand on sait que beaucoup le font juste par passion, qu’ils n’ont pas les diplômes ou l’expérience requis. Chers artistes : à chacun son métier. Nos articles ne vous plaisent pas toujours, tout comme vos chansons. Vous ne savez pas comment on rédige un article intéressant, pareil pour nous au sujet des chansons. Vous n’êtes pas obligé de nous encourager dans nos efforts, nous ne sommes pas obligés de parler de vous en bien. Vous suer pour joindre les deux bouts, nous aussi. Tout ce que nous les acteurs (sérieux) des Web médias camerounais exigeons c’est uniquement du respect ; car nous avons un long et grand combat à mener ensemble : exceller aux yeux de l’Afrique.

KAMER URBAIN | le Reflet de la Culture Urbaine du Cameroun

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