Selon Wikipedia, un génie est une personne qui se démarque de façon exceptionnelle par un ou plusieurs talents. L’origine latine de ce mot a donné, entre autres, le sens de personne dotée d’une aptitude créatrice extraordinaire. La médiocrité se réfère par contre à ce qui est intermédiaire entre le bon et le mauvais, mais plus à rapprocher du mauvais. Une œuvre dite « médiocre » est dépourvue de toute originalité, un artiste dit « médiocre » est dépourvu de talent particulier. Rassurez-vous, ceci n’est pas un cours de français, mais nous avons jugé important de bien exposer le sens commun de ces mots-clés ; parce que la problématique du titre de cette chronique réside dans le troisième mot : succès. A cause de ses nombreux complexes d’infériorité, l’HOMME en tout temps a toujours fortement désiré, convoité ou entrepris d’atteindre le succès. C’est quoi le succès au juste ? Ce qui arrive à quelqu’un de conforme au but qu’il se proposait ; ou encore produit ou service qui se vend bien. La deuxième définition est plus que pertinente, dans la mesure où nous vivons dans un monde hautement capitaliste où l’art a laissé place au marketing et les valeurs morales ont été substituées aux signes extérieurs de richesse.

La dualité de ces mots (génie/médiocrité) nous permet de poser les bases de l’analyse du succès de Maahlox Le Vibeur. De son vrai nom Kenfack Jean Jules, le rappeur résidant à Yaoundé depuis sa naissance est devenu en à peine 3 ans le phénomène de la musique urbaine camerounaise : véritable machine à tubes (en moyenne 800.000 vues sur Youtube pour ses clips depuis 2 ans), fortement controversé et boycotté par les médias camerounais, charismatique provocateur et boulimique de travail….jamais un artiste urbain contemporain n’aura autant incarné le contraste au Cameroun depuis l’album Classe F de Petit-Pays (sorti en 1995).

Qui est vraiment Maahlox Le Vibeur au juste ? Le succès de ses nombreux singles confirme-t-il son génie ? S’il est si génial que çà, pourquoi subit-il cette censure ? Le langage vulgaire utilisé dans ses textes ainsi que les sujets très souvent liés au vice ne sont-ils pas des preuves de la médiocrité de sa musique ? A-t-il un réel talent ? Décryptage !!

Maahlox Le Vibeur c’est d’abord et avant tout l’histoire d’un jeune camerounais issu des bas quartiers de Yaoundé (Obili), marqué dans sa chaire à l’adolescence par de dures épreuves (séparation des parents, perte de sa petite sœur Leticia, déscolarisation, difficultés financières…) qui ont emmené le rappeur a fréquenté la rude école de la rue. Passionné de Hip-Hop et déterminé à « percer », Maahlox va galérer 13 ans avant de connaître son 1er tube avec La Bière C’est Combien Ici (2013).

Aujourd’hui égérie de la marque de vêtements SYSTEME TCHAKAP du footballeur Alexandre Song, signé chez le label français Because Music, régulièrement entre deux avions pour diverses prestations un peu partout dans le globe, une côte de popularité sans cesse croissante…..Maahlox est actuellement le rappeur le plus populaire et sans doute le plus influent du Cameroun. Voir un jeune sortir du « ghetto » et réussir à s’imposer par la simple force de son travail dans un secteur aussi dérégulé et difficile que la musique urbaine aurait dû inspirer respect et reconnaissance des pairs mais…. Les choses se sont passées différemment pour lui. Dès la sortie de LBCCI, le rappeur de yaoundé s’était déjà attiré les foudres du regretté Charles Ateba Ayene et par la même occasion le boycott de plusieurs chaînes de radio et de télé. Avec Tu Montes Tu Descends (2016) et son clip sulfureux, Maahlox a sans doute atteint l’un des points forts de sa carrière : sous un fort climat de controverse, il devient par la même occasion le deuxième rappeur camerounais à atteindre le million de vues Youtube (après Franko). En effet, plus le morceau était violemment critiqué plus les vues s’empilaient.

Mais que reproche-t-on en somme à Maahlox : le fait de parler de sexe et d’alcool dans ses morceaux ? Les tenues légères et les danses lascives des filles figurant dans ses vidéos ? Ou encore le langage (vulgaire) de ses textes ? Sa personnalité explosive ?

  1. Des sujets de ses morceaux et la vulgarité des textes :

Évoluant dans le genre dit kwata style depuis le maxi single OVTB (On va toujours boire) sorti en 2013, Maahlox Le Vibeur est progressivement passé du rap underground engagé au rap commercial (festif, divertissant et comique), non sans succès. Franko a sans le vouloir popularisé ce courant musical, où les codes Hip-Hop se mélangent aux rythmes populaires dansant africains (coupé-décalé, bikutsi, makossa, ndombolo etc…). Le rappeur l’a bien compris, le public ne veut plus être édifié intellectuellement, il veut danser, coller, chanter……La musique, c’est aussi fait pour se vendre non ?! Et quoi de mieux pour électriser les foules que de parler du vice (fête, alcool et beaucoup de sexe).

Déjà rappelons que sur toute la discographie de l’artiste seuls 3 morceaux sont communément qualifiés de choquant (Tu Montes Tu Descends, Tu es Dedans et Un Bon Plantain) ; de plus si on prend le temps d’écouter ces titres, jamais un mot sexuellement explicite (puisqu’il s’agit de çà) n’est prononcé. Par exemple le mot plantain renvoie à une espèce hybride de plante de la famille des Musaceae  très consommée chez nous (Kondrè, missolè etc…). Il est donc plus question ici de la connotation sexuelle de ses morceaux. Chers lecteurs il y’a une énorme différence entre l’affirmation et l’insinuation ; plusieurs artistes américains (Tupac, The Weeknd, Eminem…) détenteurs de Grammys font dans leur musique l’apologie de la drogue, de l’alcool, du sexe, du proxénétisme, de la violence, du racisme etc……et ce de manière si explicite que la mention PARENTAL ADVISORY EXPLICIT CONTENT figure presque systématiquement sur la pochette des albums de Rap ou de R&B américains. Mais la liberté d’expression est un droit fondamental pour l’HOMME et bien sûr pour l’artiste. Maahlox est un rappeur du ghetto, donc il s’exprime dans le langage de la rue, le langage que tous les jeunes (et les vieux) comprennent.

Ne soyons tout de même pas dupe, Maahlox sait très bien ce qu’il fait. Bien qu’il soit évident que certains de ses morceaux aient un ton outrancier, le rappeur se veut volontairement provocateur et a bien compris comment fabriquer du Buzz. C’est là où le talent se mêle à son intelligence. Il a choisi une direction artistique tout à fait en cohérence avec le marché : le ton, le langage et les sujets choisis sont camerounais. Plus poignant encore, de nombreux rappeurs tentent de copier son style mais sans réussite. Enfin c’est encore Maahlox qui monte sur scène à côté de grands noms comme MHD ou MAITRE GIMS, pas X-Zafrane mais bien Maahlox.

        2. Les figurantes dans ses clips

De nos jours Trace Africa nous bombarde de clips avec dedans de belles filles aux grosses fesses bien en vue. Maahlox est un rappeur, et les clips de rap ont des codes clairement identifiables. Il n’est donc pas surprenant de voir des filles se trémousser dans ses clips en tenues légères à côté de belles voitures ou sous une pluie de billets de banque. Est-ce choquant ? Oui !! Ce qui est encore plus choquant c’est de constater que Disney Channel (chaîne de télé pour adolescent) produit des séries dans lesquels évoluent des personnages homosexuels sans que la censure ne soit envisagée pour canalsat.

3. Le personnage Maahlox

Jean Jules c’est le grand frère responsable avec un grand sens de la solidarité, du partage, du respect, de l’humilité et de la loyauté. Maahlox c’est la star du rap, le mal nécessaire du Game. Il n’a jamais été aussi populaire depuis que sa musique est controversée et étiquetée de dépravante pour les mœurs. Ce qui est fascinant chez lui c’est son mental qui semble à toute épreuve, son ambition et sa force de travail. Politiquement très incorrect, il semble s’être donné comme mission de faire basculer les réseaux d’influence qui semblent tirer les ficelles dans l’ombre au pays des homme-lions. Maahlox s’est senti trahi par une partie de ses frères qui se donnent le droit de juger et de décider de ce qui est bien ou de ce qui ne l’est pas en oubliant que l’art est essentiellement subjectif, d’où son agressivité régulière. Pas étonnant qu’il soit aussi proche des camerounais de la classe moyenne et pauvre (plus de 10.000 personnes s’étaient massées pour son show gratuit donné en mars dernier au quartier populaire New Bell dans le cadre de la sortie de son EP). En somme Maahlox et Jean Jules sont la même personne ; cela fait de l’artiste un être authentique.

Ce que KamerUrbain pense du cas Maahlox :

Il faut un peu de tout pour faire un monde. Maahlox n’invente rien, il a juste fait évoluer les règles du jeu. Qu’on l’aime ou pas il faut admettre qu’il met d’accord sans trop forcer, que ce soit au sujet de son talent ou de sa marge de progression fulgurante. Maintenant le rappeur doit également savoir qu’il est normal qu’il soit controversé si sa musique s’y prête. On ne peut pas parler de PLANTAIN sans s’attendre à un long article d’ATOME. De plus, il doit faire également attention à son image et à comment il souhaite être vu dans 5 ou 10 ans. Pourquoi ? Le public se lasse vite et zappe facilement !! Enfin un artiste médiatisé comme lui est normalement exposé aux critiques positives, constructives ou négatives ; si l’illustre Michael Jacskon n’y a pas échappé, pourquoi pas lui ?! D’où l’importance de conseillers en communication d’entreprise. Alors, Maahlox génie ou médiocre ?

KAMER URBAIN | le Reflet de la Culture Urbaine du Cameroun

Commentaire via Facebook

Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *