Au Cameroun de nos jours, être artiste cours tellement les rues que ne pas tenir le micro ou entrer en studio pour produire un tube comme ils le disent souvent est anormal. Les reconversions professionnelles se comptent par milliers, les révélations naissent au quotidien, les bras cassés profitent bien pour s’infiltrer et produire ce qu’on observe depuis peu en société. A qui la faute ? En tout cas, on ne se prêtera pas au jeu de la censure aujourd’hui car dans tout corps de métier il y’a toujours des intrus.

Impossible de parler d’artiste sans faire allusion à sa prestation scénique. Son rendu hors d’un box d’enregistrement, sa capacité à pouvoir entraîner le public dans sa mouvance est capitale. Le constat le plus récurent est celui selon lequel, le playback veut la mort de nos frères ce qui les empêche de se donner au maximum sur scène.

Lorsqu’on parle de prestation scénique ici, on fait bien allusion à cette capacité qu’a l’artiste de mettre d’accord son public, le soulever et  lui faire vivre des instants magiques en l’amenant au maximum à oublier son vécu pénible. La vérité est qu’au 237, très peu sont à même de le faire. Plusieurs sur scène passent tellement inaperçus qu’on a l’impression de vivre un intermède musical mal préparé. Aucune réceptivité du public, aucune adhésion franche si ce n’est parfois les proches parents qui dans la salle décident de pousser des cris d’encouragement pour enlever la honte du moment.

Il n’est l’ombre d’aucun doute que face à cette situation, le manque de préparation, de professionnalisme seront incriminés. Se produire sur scène demande plus de préparation qu’on ne l’imagine. Que ce soit du live, semi live, ou encore du playback, on doit bien  ressentir dans notre prestation de la préparation, la maîtrise de ce qu’on fait. Gestuelle et déplacement sur la scène doivent être alliés. En guise d’illustrations :

Stanley Enow

Qu’on le veuille ou pas, c’est l’artiste le plus prolifique sur scène. Tu peux ne pas aimer ses chansons qui parfois sont pauvres dans le fond, mais son exécution sur la scène te pousse à kiffer plus que ton entendement. Envahissant la scène plus que la corpulence de Naza, il se déplace bien comme il faut. Pas de course folle ou des pas inappropriés, tout est méticuleusement calculé en fait. Le mec a compris qu’il peut être moins performant ailleurs mais combler ce désavantage par son charisme sur scène. Il y’a quelques années, à ces débuts même, il envahissait déjà le club Camtel lorsqu’il était booké au concert organisé par Guinness pour le nigérian Wizkid. Il était difficile de ne pas le voir explosé le podium de « the show by orange 1 ». Autant d’exemples qui font de lui le Mc de circonstance.

Dynastie le tigre

Un gros talent qui rafle facilement le public pour le mettre à dos en l’espace d’une nano seconde. Beaucoup plus percutant en live, il sait ce qu’il veut et nous enjaille bien sur des mélodies à contre temps. Ses scènes révèlent davantage le talent caché au fond de lui. Tout comme son prédécesseur, la timidité ne fait pas parti de son vocabulaire. Il est plus expressif que tout. Chacune de ses sorties et scènes ressortent son vrai tigre. En fait le bémol avec lui, c’est toujours vouloir faire à l’excès si bien que parfois il se perd. Toujours à vouloir relater sa culture (chose qui n’est pas mal en soi), sa généalogie or le moment n’est pas opportun. Du moins il n’a toujours pas aussi compris que communier avec le public ce n’est pas s’y jeter au point de ne plus chanter et laisser transparaître les cris des foules sur le micro. Mais bon la perfection n’existe pas.

Tenor

Notre Dicaprio du bled. Débordant d’énergie qui lui permet de se maintenir sur scène pendant des heures, il la gâche si facilement en faisant la course dans tous les sens. Un gros potentiel scénique qui n’arrive pas à faire la part des choses, qui n’arrivent pas à gérer efficacement  ses aptitudes. En gros, on se lasse si vite or il a plus à offrir pas seulement ses vêtements qui disparaissent dans la foule à chaque saut exécuté.

X Maleya

C’est le plus vieux boyz band du bled, ils ont une grande expérience de la scène donc c’est tout à fait normal qu’ils soient assez percutants sur scène, au fil des années ils se sont bonifiés comme le vin, ils ont même un orchestre qui les accompagne lors de leurs plus grandes scènes, X Maleya est sans doute le meilleur Boyz Band du Cameroun pour ne pas dire l’unique.

Blanche Bailly

Qu’est-ce que tu croyais ? Qu’on finirait ce rendu sans énumérer une dame ? En plein mois de la femme ? C’est cruel de ne pas reconnaître les multiples prouesses de notre Blanche Nationale sur scène. Ses passages sur scène se font toujours remarqués car elle a toujours des accoutrements à tomber par terre, des tenues très très provocantes, ce qui a pour effet de faire tous les hommes présents à s’agiter tels des fourmis qui ont vu le sucre et c’est ainsi que dans la foulée elle se lâche sur scène et fait une prestation qui scotche plus d’un même si au fond ce qui intéresse les gens c’est d’abord sa plastique, ses formes qu’elle laisse entrevoir avec des tenues tout droit venues des films pour adultes.

Le collectif Alpha Beta Record

C’est vrai que c’est un gros label disposant de plusieurs grosses têtes de la musique actuellement. On peut bien citer Mr Leo, Salatiel lui-même, et Blaise B. De tous ceux-là, Mr Leo et Salatiel nous frappent plus à l’œil compte tenu de ce qu’ils font plus de scènes que les autres. Plutôt posés et responsables ils font leurs scènes dans les règles de l’art. Ils occupent  le carré qui est leur  sans jamais excéder, ils sont professionnels. Blaise B également est très bon sur scène tout comme ses compères mais le fait qu’il fasse moins de scènes qu’eux ne nous permet pas de le classer dans la même catégorie qu’eux.

Maahlox le Vibeur 

Le père de la résistance, le père du plantain et des marmites de kondrè, le chef de la rébellion, à chacun de ses passages sur scène, le public est en toujours en trance, très souvent accompagné de ses danseuses qui secouent leurs grosses fesses l’eau l’eau, le gars met le public bien avec ses multiples sons à succès, c’est un vrai homme de terrain, il fait du sale comme son public l’aime, seul bémol : il boit souvent trop le whisky au point perdre sa voix quand il arrive sur scène et là on voit un Maahlox qui chante au mircro avec une voix de criquet.

Les Artistes et leur équipe ne doivent plus négliger les prestations scéniques car c’est grâce à ça que nous voyons l’artiste sous un autre jour. Mais ne misant pas souvent sur celle-ci, il y’a de quoi subir des drames à chaque fois, des fausses gammes, des oublis de texte ou encore des improvisations hasardeuses. Vivement que les prochains shows soient plus travaillés et rigoureux que ceux auxquels nous assistons au quotidien.

KAMER URBAIN | le Reflet de la Culture Urbaine du Cameroun

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