Au cas où certains de nos lecteurs seraient des sardinards assumés, nous tenons (pour une question de survie, lol) à préciser que nous sommes très loin de toutes ces considérations politiques et sécessionnistes qui agitent notre pays; juste que chez Kamer Urbain ce qu’on aime par-dessus tout ce sont les analyses pertinentes et une petite pincée de provocation pour faire bouger tout ça. Ceci étant clair, place au sujet du jour : l’industrie musicale camerounaise. 5 ans après le missile HEIN PERE, le Game a considérablement évolué ; la demande s’est faite croissante, poussant les offrants à être plus productifs, plus compétitifs, popularisant des métiers de l’ombre comme Video Director (leurs cachets dépassent parfois les 2.000.000 F CFA), make-up artist ou encore scénariste. La langue est un grand dénominateur commun dans une société ; parce qu’il y’a deux langues officielles, le Game camerounais est divisé en deux : les acteurs anglophones et les acteurs francophones. Et ça ne date pas d’hier.

Les camerounais de la région du Nord-Ouest et Sud-Ouest (NOSO) ont longtemps été marginalisés dans l’industrie. Pourquoi ? Et bien quelles sont les villes où tout se passe au Cameroun ? Douala et Yaoundé.  Quelle langue y domine ? Le français bien sûr. Bizarrement à cette époque (début années 2000) il était plus facile pour un artiste américain d’être diffusé dans nos radios qu’un artiste anglophone dans son propre pays. Ce stéréotype insultant sur les Bamenda (ils sont toujours à gauche) les a beaucoup nuit. Malgré tout son talent, le chanteur Sine par exemple n’a jamais vraiment réussi à s’imposer. Quand on remonte même dans l’histoire, en dehors du tube SWEET MOTHER, rares sont les artistes anglophones qui ont dominé à côté des mastodontes du Makossa ou du Bikutsi. Pendant longtemps donc, ils ont évolué en marge, se rapprochant beaucoup de la culture musicale nigériane et américaine. Nous sommes en 2018 et les choses sont radicalement différentes : maintenant c’est eux qui commandent. Le dernier clip d’AMBE en est la poignante confirmation !!

Quelques exemples : Stanley Enow a été le pionnier de cette révolution musicale qui a ouvert les portes aux collaborations internationales, Jovi est ce génie (bien que perturbé) qui a fortement influencé le Game et le Hip-Hop camerounais par ses productions hybrides afro et ses textes afro centristes écris en pidgin et patois, Salatiel et Rythmz apportent de la fraîcheur au paysage musical grâce à leurs productions afro-pop mainstreams (ils ont signé la composition et/ou l’écriture de nombreux tubes récents), Dr NKeng (Ok, We Take Another Shot !!) est sans aucun doute le réalisateur le plus célèbre et le plus prolifique en ce moment etc….. Pour faire simple, sans eux le Game sous sa forme actuelle n’existerait pas. Faites un classement du top 10 des artistes urbains camerounais et vous verrez la pertinence de cette analyse.

Oui vous allez nous dire : que faites-vous de Locko, Mink’s, Franko (et son record de vues), Tenor, les signatures en major etc….Bien entendu nous ne disons pas que les artistes francophones boivent les bières pendant  que les autres travaillent. Non !! Mais quand on analyse l’apport des artistes anglophone dans la création de l’industrie musicale camerounaise (bases, structure, organisation, fréquence de productions, évolution et expansion), on voit bien que les francophones n’ont pas le même degré de rigueur, de vision et enfin de solidarité que leurs homologues des régions NOSO.  C’est indiscutable !!

Mais là où les artistes NOSO ont été plus malins encore, c’est justement sur la question de la langue. Le Cameroun est majoritairement francophone, pareil pour sa diaspora (majoritairement installé dans les pays francophones).  C’est la diaspora qui permet à ces artistes de prendre l’avion (pour la première fois de leur vie) afin d’effectuer des « tournées » en Europe ou aux USA. Mais pour s’exporter, il faudra d’abord gagner le marché local : c’est-à-dire chanter en français. Vous ne nous croyez pas ? Ecoutez les premières chansons de JOVI, Daphné, Mr Leo, Blanche BAILLY etc…C’était soit du pidgin pur et dure, soit de l’anglais américain. Maintenant écoutez leurs chansons : Jovi écrit systématiquement un couplet en français et un autre en anglais, Daphné qui n’était pas du tout bilingue (écoutez ses premières interviews) chante de plus en plus en français, pareil pour tout le reste. C’est en cela qu’on voit à quel point Stanley Enow a été un visionnaire. Résultat : Qui sont les artistes qui ont passé la barre du million de vues ?

Est-ce dangereux ? Non absolument pas.  Les artistes anglophones ont posé les bases d’un modèle que presque tous les labels indépendants francophones appliquent. LONGUE LONGUE dit dans une de ses chansons « il ne faut jamais avoir honte d’imiter le bon exemple ». Mais à côté de la rigueur anglo-saxonne, rappelons tout de même que s’ils dominent actuellement le game c’est surtout parce que musicalement ils se sont le mieux approprié les influences nigériannes, ghanéennes, américaines et camerounaises pour créer l’afro-pop camerounais si populaire en Afrique de l’ouest et ailleurs. Ils ont mis le show devant et le business derrière !!

KAMER URBAIN | le Reflet de la Culture Urbaine du Cameroun

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