Si vous êtes fan de musique urbaine camerounaise et que vous en suivez régulièrement l’actualité (notamment sur les réseaux sociaux), c’est que le nom DOMCHE IDRISS ne vous est pas indifférent. Relativement assez peu connu il y’a moins d’un an, la côte de popularité de ce camerounais dont on ne sait pas grand-chose (sauf peut-être qu’il possède une marque de sport dont on attend toujours le lancement officiel) a connu une croissance fulgurante.

Aujourd’hui ce sont près de 3.000 followers qui attendent chaque jour de lire sur son compte Facebook les critiques (aussi acerbes que drôles) et autres  dénonciations dirigées contre les artistes du Game, leurs œuvres et globalement l’actualité musicale urbaine camerounaise. Avec la fameuse expression « PET PET », DOMCHE IDRISS a à plusieurs reprises fait trembler les principaux acteurs de l’industrie ; artistes, managers, producteurs, labels, promoteurs événementiels….tout le monde (sauf bien sûr le trio LockoSalatielMr Leo) a goûté à la claque du camerounais qui s’improvisait chroniqueur au fil de ses posts, tout ceci non sans provoquer à chaque fois de vives controverses. On se souvient d’ailleurs que Maahlox Le Vibeur avait décidé d’en découdre physiquement avec lui. Bien qu’ayant fait son méa culpa et affirmé depuis peu avoir « changé de combat », le cas de ce camerounais devenu influenceur via les réseaux sociaux en étant pourtant anonyme a poussé la rédaction à s’interroger fondamentalement sur la critique musicale, son importance dans le paysage artistique camerounais et surtout de la responsabilité des auteurs. Bien que très peu de webzines camerounais aient accepté de régulièrement se plier à cet exercice difficile, l’on relève que les œuvres de nos artistes 237 sont de plus en plus décortiquées, avec plus ou moins d’objectivité.

C’est quoi la critique et à quoi sert-elle ? Qui est habilité à critiquer ? La critique est-elle dangereuse ? Comment doit-elle être perçue ?

Commençons par poser les bases de notre analyse : c’est quoi la critique ? Déjà au Cameroun ce mot a une connotation péjorative ; critiquer chez nous veut dire donner un avis négatif, voir insulter. Selon WIKIPEDIA, critiquer c’est passer une chose au crible d’un jugement. Par transposition, la critique musicale est donc l’activité qui consiste à émettre et à diffuser largement un avis sur des œuvres musicales.  Initialement dédiée à l’Opéra, la critique musicale en Europe s’est développée parallèlement avec l’apparition des premières revues musicales écrites. Devenue aujourd’hui indissociable de la presse musicale occidentale, elle n’est que très récemment apparue au CAMEROUN et peine encore à se vulgariser. En effet, seuls les webzines Kamerurbain et Voila-moi proposent régulièrement des critiques sur les œuvres musicales urbaines. Pourquoi ?

Etre critique musical demande d’avoir une grande culture et une grande sensibilité musicale. Cette aptitude est primordiale car la plus grosse difficulté de cet exercice est de retranscrire le ressenti faisant suite à l’écoute d’un morceau. Ainsi les professionnels de la critique sont des journalistes, des professionnels de la musique, souvent des musicologues ou des étudiants du domaine ; en clair c’est un métier de passionné. Tout le monde peut librement exprimer son avis sur une œuvre musicale comme DOMCHE IDRISS, mais très peu d’avis servent de références sur le plan du débat artistique. Car dans une critique tout est analysé : le tempo, le texte, les instruments, les samples, les collaborations, les mélodies, les instruments, les voix, le flow, la direction artistique….pour pouvoir conclure sur la philosophie de l’œuvre sensée être influencée par la personnalité de l’artiste. Il ne suffit pas de dire qu’un morceau est laid, il faut bien pouvoir argumenter. Mais si de nos jours pratiquement tous les singles dits mainstream sont passés au crible par nous les professionnels des médias spécialisés, c’est pour deux raisons précises : améliorer la qualité des œuvres et faire évoluer les tendances musicales. Plus la critique est sévère, plus les artistes travaillent dur; plus les artistes travaillent dur, plus ils sont créatifs. Ce n’est qu’en recherchant la perfection qu’on réussira à abolir la médiocrité qui empêche encore notre industrie musicale d’être compétitive face à l’invasion naija. Un artiste qui inscrit sa musique dans une démarche évolutive doit fréquemment se remettre en question aux travers des critiques constructives et pertinentes faites sur ses œuvres. Il est fréquent que des artistes repoussent leurs sorties d’albums à cause des mauvaises performances de leurs singles promotionnels (DETOX, Dr Dre). Le chanteur R&B DUC-Z, légende autoproclamée des flops, est une parfaite illustration des conséquences auxquels s’expose les artistes qui pensent que seul le talent suffit pour faire une bonne carrière.

Pourquoi les précédents adjectifs sont soulignés ? Le jugement s’appuie principalement sur le ressenti de l’Homme. Et le ressenti renvoie très souvent à la subjectivité ; en clair si une critique est bonne c’est surtout parce que son auteur a été séduit. Il n’est donc pas rare de lire des critiques qui se divisent sur une œuvre (BANGERZ, Miley Cyrus), ou d’autres qui encensent un album pourtant décevant au niveau des ventes (WOMAN, Brandy). On peut ainsi dire que le critique musical émet un avis qui lui est propre et qui peut ou non être considéré comme pertinent s’il est rédigé avec une certaine profondeur, de la matière et une bonne dose de sensibilité artistique. Le problème réside principalement dans les dérives. Il est beaucoup plus aisé au Cameroun de démolir une œuvre que de l’encenser. Cela s’est vécu avec Maahlox Le Vibeur qui est visiblement victime d’un fort boycott des hommes de médias sur le territoire national. C’est ce qui arrive quand le critique musical qui est le plus souvent sensé émettre une opinion plus ou moins subjective, estime être le baromètre des tendances musicales. Les mots ont un très fort pouvoir de persuasion, même devant les faits ; des critiques qui mesurent leur degré d’influence peuvent à tort ou à raison significativement plomber les ventes d’un album.  Le webzine JEWANDA avait en effet produit en 2014 une critique tellement virulente du 3e single de Stanley Enow que ça ressemblait plus à un règlement de comptes (clash avec JOVI). Donc s’il est important que les artistes prêtent une oreille attentive aux critiques écrites à leur endroit, il est tout aussi important que les critiques musicaux prêtent attention aux mots employés. L’insulte n’a jamais été de la critique.

Quant aux mélomanes, nous dirons qu’il est tout à fait normal que la passion génère de la susceptibilité. Notre récent article sur l’avenir de la carrière de Stanley Enow avait provoqué un flot d’insultes ; cette attitude est typique des individus qui fuient le débat et pensent que la critique négative (justifiée ou non) est similaire à de la diffamation. Les mêmes qui vénéraient le regretté Michael Jackson pour son immense talent  étaient les premiers à le traiter de pédophile ou à essayer de lui extorquer de l’argent.

La musique est un art que tout le monde ne perçoit pas de la même manière. Comme le dit l’adage, « les goûts et les couleurs ne se discutent pas ». Les vrais professionnels de la musique ont la liberté d’émettre leur opinion sur les œuvres des artistes tout en respectant ces derniers et le public qui les suit. Chers artistes, la presse musicale n’existe pas seulement pour les interviews et les posters de vous ; il est de notre devoir de présenter et d’étudier vos créations dans une démarche tout à fait constructive. Enfin au sujet des mélomanes, eux seuls ont le dernier mot : les critiques dithyrambiques au sujet de JOVI n’ont pas empêché ses albums de connaître des ventes décevantes. Personne ne va décider de ce que vous devez écouter ou détester.

L’industrie musicale urbaine camerounaise est en phase de construction ; cette même passion qui pousse de milliers de jeunes à télécharger illégalement les derniers tubes sur le web est la même qui anime les acteurs de la presse musicale dans la pratique de leur métier qui s’apparente bien souvent à du bénévolat.  On peut se permettre de redéfinir la critique musicale comme un repère plus ou moins significatif autours duquel gravitent les acteurs du Game et ce de manière harmonieuse.

KAMER URBAIN | le Reflet de la Culture Urbaine du Cameroun

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