Quel est le point commun entre le troisième et le quatrième album du rappeur JOVI ? Ils sont tous les deux sortis le même jour. En effet c’est le 16 février dernier que le label NewBell Music a publié GOD DON KAM, deux ans jour pour jour après l’acclamé 16 WIVES. Fidèle à lui-même l’artiste de 36 ans a très peu communiqué autours du projet, créant automatiquement un effet de surprise dès la sortie de l’opus qui a provoqué un gros buzz (sujet le plus discuté sur twitter ce week-end) et précipité les fans inconditionnels à l’acheter. Oui acheter parce que grande nouveauté : on peut acheter et télécharger l’album en ligne à seulement 1.000F via son compte Mobile Money ; le moyen n’est pas nouveau mais est diablement efficace puisque des rumeurs incessantes parlent de plusieurs milliers d’albums vendus. Rumeurs ou pas le trafic sur la plateforme dédiée est depuis fortement perturbée au point où la validité du code d’achat a été réduite à seulement une heure ; pour un artiste aussi peu visible c’est du jamais vu. Trêve de bavardage et décortiquons un peu ce que le rappeur nous propose dans sa dernière livraison.

La production

Les puristes du Hip-hop savent tous que LeMonstre  a trop souvent été comparé à Kanye West ; les deux sont à la base des producteurs, les deux ont révolutionné le Hip-hop en terme de son grâce à l’utilisation des samples de divers classiques et la fusion avec d’autres genres musicaux souvent très opposés, les deux ont créé leur propre label avec un univers bien identifiable. Même si le rappeur originaire de bamenda n’assume pas (et n’assumera sans doute jamais), le parallèle entre ces deux légendes est indiscutable. D’ailleurs pour ce 4e album cela se vérifie aisément dans l’architecture de nombreux morceaux (Man Pass Man Part. 4, Pissam, Jengu, Verus Verus, God Di Kam) où le beat commence par un sample de chant féminin pendant 16 mesures puis le reste des instruments arrive et on décolle. L’écoute progressive des 14 morceaux nous fait réaliser que le rappeur a fortement modifié sa direction artistique. Dès H.I.V (Humanity Is Vanishing) il nous avait longtemps habitué à des albums qui revisitaient certains classiques camerounais tout en valorisant notre diversité musicale mais en rendant hommage à sa source d’inspiration première : le Hip-hop américain. Mais pour GDK LeMonstre s’est majoritairement aligné à la vague Trap actuelle ; pas d’afro-trap pour le bamenda boy mais bien de la bonne trap un peu sombre made in atlanta. God Don Kam, Ouleu ou encore Tchak sont autant d’incursions dans le son rap de l’heure. Sok sok est le seul morceau purement afro qui s’inscrit dans la lignée de Cash et Où Même ; même si le morceau sonne un peu comme du déjà entendu avec son riff de guitare, son refrain rythmée fait de lui le banger de l’album. Petite déception au niveau des mélodies : le génial beatmaker camerounais qui nous avait souvent habitué à des productions hautes en couleur avec des mélodies accrocheuses (bien aidé par les nombreux instruments qu’il utilisait) a fait dans du léger pour ce 4e opus. Pareil pour les instruments traditionnels qu’il a beaucoup moins utilisés, contrairement à ses travaux sur Mboko God ou 16 Wives ; en gros niveau sonorité çà ne sent plus beaucoup l’Afrique. Que conclure ? LeMonstre a produit un album de rappeur dans le sillage de ce qui se fait actuellement (aux US). On retrouve certes çà et là des petites surprises très agréables mais parfois çà manque un peu de profondeur, çà manque d’âme. Mention spéciale pour Man Pass Man Pt 4, Verus Verus et Sok Sok.

Texte & flow

Qu’est-ce qu’il raconte tout au long de ces 14 morceaux ?! Bien entendu beaucoup d’égo trip. La similitude avec Kanye West n’est pas limitée à la production mais aussi dans la personnalité. Les deux artistes sont bien connus pour leur égo surdimensionné, leur mégalomanie encore leur bipolarité. Dans God Don Kam le rappeur clame haut et fort qu’il est le meilleur et assume dorénavant d’être en marge de cette industrie qui valorise les apparences. Aussi il réaffirme sa fierté d’être un camerounais et de ne pas avoir à choisir de camp dans le conflit qui sévit au No-So. Enfin il parle pour la première fois de sa fille qui est sa nouvelle source de motivation. Jovi montre globalement qu’il est à l’aise sur tous les sujets mais aussi sur tous les styles : l’ambiance, l’égo trip ou la prise de position. Ceux qui écoutent le rappeur depuis ses débuts savent que sur la technique il est plutôt moyen mais tout sauf ennuyant. Surprise : le rappeur chante beaucoup moins dans les refrains que dans son précédent album.

Featuring

Zéro macabo !! Jovi a fait cavalier seul sur cet opus. Déjà que le précédent avait juste vu la participation de Pascal et Reniss, God Don Kam n’a pas eu cette chance. On peut vaguement  entendre Reniss dans Sok Sok mais c’est tout.

Conclusion :

Incontestablement Jovi est l’artiste le plus productif du game. Il nous surprend toujours par son énergie et sa créativité débordante et ça fait plaisir d’écouter un rappeur nous rappeler que le Hip-hop à la base n’est pas une musique pour les snacks mais bien de la poésie. Jovi nous a donc livré un album de bonne facture qui s’écoute et se réécoute facilement. Artistiquement il est beaucoup moins abouti que les précédents mais reste d’un niveau élevé par rapport à la concurrence. Well done Sir !!

KAMER URBAIN | le Reflet de la Culture Urbaine du Cameroun

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