Le 9 Mars prochain se tiendra la tant attendue 12e cérémonie  des « prestigieux » Canal D’Or. Pour rappel, l’organisme vieux de 15 ans mine de rien, avait pour objectif de récompenser les acteurs et les productions de l’industrie musicale et cinématographique qui se sont distingués au courant de l’année. Oui on a bien utilisé l’imparfait parce que depuis son lancement en 2004 l’institution a beaucoup évolué dans son règlement pour le meilleur, mais surtout pour le pire. Déjà que depuis des années la cérémonie en elle-même bat des records d’amateurisme sur la forme (décoration nulle, programmation longue, prestations peu originales et bien souvent en playback, protocole lourd, public inerte, éclairage peu dynamique, multiples problèmes techniques, réalisation  etc.….) et qu’on ne digère toujours pas l’intervalle de deux ans (du jamais vu), le fond lui fait systématiquement polémique et cette année les Canal D’OR n’ont pas dérogé à leur « règle ». En analysant la liste des nominés publiée vendredi dernier, on a relevé tellement d’incohérences et de manquements qu’il était nécessaire de faire un article complémentaire à notre dossier remettant en cause la valeur de ces cérémonies de récompense.

  1. Qu’entendez-vous par musique World ?

Six artistes (dont Gaelle Wondje et Stephane Akam) s’affronteront pour essayer d’arracher le trophée à Charlotte Dipanda dans la catégorie World Music qui selon nous n’a aucun sens. Pour rappel, dans la presse musicale anglo-saxonne l’expression World music a été créée pour désigner tous les genres musicaux (non dominants) dits ethniques et traditionnels du monde ; le terme afrobeats étant donc spécifique à l’Afrique. C’est une catégorie fourre-tout qui n’est pas rattachée à un genre ou même sous-genre musical précis. Pourtant en dehors de Gaelle Wondje et de SENGE qui ont des influences Black music dans leur productions, les nominés flirtent avec des genres bien camerounais ou plus globalement afro. On comprend qu’ils ont voulu dissocier les genres camerounais populaires (catégorie musique folklorique) des autres genres du continent mais c’est mal fait.

  1. Dr Nkeng et ses six nominations

Dr Nkeng Stephens, le gars responsable de la réalisation de 90 % des clips des artistes mainstream du game depuis 2 ans, est naturellement en compétition pour le prix de la meilleure vidéo. Personne ne nie son talent et son travail sans cesse innovant, mais de là à être nominé 6 fois ?! Ça montre bien sans surprise qu’on s’est limité aux nombres de vues sur Youtube pour faire la sélection.

  1. Musique urbaine : et si on nominait tous les enfants là ?

Qui sont les artistes les plus influents dans l’industrie musicale actuelle ? Parcourez simplement la liste des nominés de la catégorie musique urbaine et vous aurez la réponse. On a nominé toute la bande qu’on voit partout dans les snacks, Challenge Vacances et à côté de Dadju à certaines occasions ; toute la bande sauf Maahlox bien entendu. Ce n’est même plus important de sortir des albums (même court format), faut juste avoir moins de 30 ans et deux tubes dans son CV et c’est bon !!

  1. Révélation musicale 

Blanche Bailly (a été révélée en 2016 avec MIMBAYEUR),  Mimie (révélée en 2016 avec DANCE FI YOU), TZY PANCHAK (a été révélée en 2016 avec MAKAVELI)…..…çà vous surprend qu’ils soient nominés dans la révélation musicale en 2019 ? Nous non. C’est ça le problème de ce décalage de 2 ans et le signe que ce comité chargé de récompenser la musique camerounaise ne l’écoute pas vraiment. Pourquoi SOJIP n’a pas été nominé ? Ou FUL ? Ou  encore Boy Tag ?

  1. Artiste Afrique Centrale et Africain : c’est quoi le projet ?

L’objectif était sûrement de donner plus de prestige au prix en y intégrant les autres artistes africains. Seulement pour seule l’Afrique centrale est représentée mais pas les autres régions (australe, ouest, nord, etc…) ? Parce que le comité s’est contenté de regarder les clips les plus diffusés sur TRACE AFRICA. Encore une fois la catégorie est vide dans le fond.

  1. Le 7e art camerounais : une grosse blague ?

Sur le plan purement technique, aucune des web séries nominées ne sont en réalité des web séries. Publier des sketchs vidéos numérotés (Episode 1, 2, etc…) sur Youtube est différent de diffuser une web série. Donc aucun gagnant sérieux pour une catégorie fantaisiste. Pour ce qui est de l’humour, là encore on privilégie la popularité. L’humoriste est d’abord un homme de scène ; mais sur six nominés seulement deux ont produit un spectacle : Charlotte Ntamack (Parlement Du Rire) et Ulrich Takam (déjà deux spectacles). Les autres se contentent des sketchs joués dans les mariages ou fêtes d’entreprises et les vidéos sur Youtube. Enfin pour le cinéma : il y’a une différence fondamentale entre comédien, humoriste et acteur. Le comédien interprète essentiellement des pièces ou des films comiques ; d’ailleurs ce genre n’est même pas récompensé aux Oscars ou Césars. Pourquoi les « comédiens » sont récompensés mais pas les films ni les réalisateurs ?

    7. La plateforme de vote

Depuis vendredi vous pouvez votez sur…la page Facebook des Canal D’OR. Non non, ce n’est pas pour voter Miss KEREL KONGOSSA mais bien les Canal D’OR……..acte 12 (à ne pas confondre avec PK 12).

A la rédaction de Kamer Urbain on assimile les Canal D’OR à un anniversaire où les invités sont des voisins, vont à la même église et savent bien s’habiller ; à la fin ceux qui vont sortir sur tous les selfies auront l’argent de transport pour rentrer. On attend toujours la création d’une véritable institution (constituée de professionnels) qui va réellement essayer de valoriser la diversité des productions musicales et cinématographiques camerounaises (populaires ou pas), et en finir avec ce  programme télé à peine distrayant.

KAMER URBAIN | le Reflet de la Culture Urbaine du Cameroun 

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