L’autre évènement majeur de ce mois de Février, en dehors bien sûr du vrai faux clash Maahlox VS Dynastie Le Tigre et de la retentissante mésaventure ivoirienne de Blanche Bailly (a.k.a Rihanna du Nord-Ouest), c’était évidemment la sortie du très attendu 1er album de la star nationale de la musique camerounaise (version nouvelle technologie) son altesse royale LOCKO. Initialement prévu pour le 23 Décembre 2017, The Bridge a finalement été présenté en conférence de presse le 9 février 2018 avant d’atterrir une semaine plus tard sur toutes les plateformes (occidentales) de streaming.  Un peu plus de 2 ans après la sortie de l’EP SKYZO qui avait été très bien accueilli par le public (malgré une communication et une distribution timides), le crooner camerounais revient avec cet opus de 18 titres pour tenter de conforter un peu plus sa place en Afrique et sûrement au-delà. En effet l’aventure Coke Studio de l’an dernier lui a donné une formidable visibilité internationale, lui permettant de travailler aux côtés d’artistes de très grosses envergures, de se faire découvrir par un public plus large et enfin de faire l’objet d’un article entier sur la version web du célèbre magazine français Paris Match. L’année 2017 aura été excellente pour Charles Arthur (on attend toujours de le voir pleurer avec sa mère). Mais qui dit visibilité internationale dit également potentiel commercial international. S’attaquer à un marché grand public dans le but de devenir mainstream implique très souvent pour le musicien de produire un album cross-over orienté pop ou afro-pop. Est-ce le cas de Locko qui s’est toujours définit comme un chanteur Afro-R&B ? Les 18 morceaux de cet album (coproduit par son propre label YEMA Production) matérialisent-ils réellement le fameux pont psychologique et artistique entre son ancien et son nouveau MOI ? Décryptage.

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Partie I : La production

Que serait l’analyse sans méthode ?! Nos lecteurs assidus savent que toutes les critiques publiées sur le site ont toujours eu la même structure : prod, texte/chant, collaborations.  Commençons donc ce review en analysant le son de l’album. Salatiel, Magic fingaz, Mr behi (côte d’ivoire), DJ Kriss et Locko himself ont bossé tour à tour sur les nombreux morceaux de l’opus. Oui vous avez bien lu, le chanteur est crédité à la production de 13 chansons aux côtés de son acolyte DJ Kriss.  Pour quel résultat ? Des sons généralement mid tempo orientés Afro-Beats (Toppo, Sans déconner,  Ashouka….), Reggaeton (Bayla Bayla, Cocotier….), Reggae (Gimme More…) et enfin du Dance-Hall (Tomber). Seul « Donne ma part sur çà » fait office de Banger, très efficace pour les clubs africains. En parcourant l’album on constate que les beats sont assez minimalistes dans les mélodies, sans doute pour laisser la part belle à la voix du chanteur qui fait lui-même les chœurs (sauf sur Supporter car Salatiel raffole des mélodies). Donc on a une association d’instruments formant l’ossature et la rythmique, et de la voix du chanteur qui fait tout le travail derrière ; ça rappelle les travaux d’un certain R. Kelly.  C’est différent de son premier projet et matérialise les qualités de compositeur et d’interprète de l’artiste. Booboo et My Love sont dans la même veine que NDUTU, des morceaux très rythmés qui sentent l’Afrique. The Risk, 15e piste du disque, est une ballade pop débutant sur un long solo de piano. Cette chanson, qui fait figure d’extra terrestre dans l’univers artistique THE BRIDGE, rappelle la période glorieuse des boys bands américains qui chantaient comme s’ils pleuraient. C’est une désagréable surprise qui casse complètement l’alchimie et la cohésion avec les précédents morceaux. Heureusement qu’il s’excuse rapidement sur Dilemma, une production Trap simple et efficace qui se paie le culot d’intégrer des éléments de reggae dans son refrain. Au final, les productions sont bonnes et surtout en cohérence avec l’esprit du chanteur. On regrette tout de même l’absence de samples de musique camerounaise. Mention Très Bien pour Thank you Lord, Ashouka, Supporter, Danse avec moi & Sans déconner.

Partie II : Les textes et le chant

Locko est auteur, compositeur et interprète. C’est-à-dire qu’il travaille sur les beats, écrit ses textes, en compose les mélodies et enfin chante. C’est beaucoup de travail c’est vrai, mais c’est plus facile quand on a le talent de son côté et sur ce point la nature ne l’a pas handicapé ; du moins pas trop. Ce qui séduit énormément le public du chanteur c’est sa voix et surtout ses mélodies sublimes. C’est simple quand on écoute un des morceaux, on a juste envie de fredonner ; c’est vraiment agréable à l’oreille et aucune des pistes ne laisse cet arrière goût de déjà-entendu. Son style de chant est fortement influencé par le R&B américain, raison pour laquelle on est très peu surpris de l’entendre chanter en anglais sur 16 titres. En anglais (avec l’accent des states qui va avec), mais aussi en francais, en pidgin, en langue sawa, en argot urbain camerounais. Quelle diversité linguistique !! Le problème avec cette habitude c’est que le chanteur pioche dans toutes ces références pour faire rimer ses textes. Ce qui donne des phrases que tout le monde ne comprendrait pas : « I Work My Do, I Love My go, Mama Tchop My Do » (Toppo), « I will never let you go, cuz you’re the one that i ya mo » (Booboo). « The munyenge is too bad » (Gimme More). Déjà qu’il ne rime pas à tous les coups, on a souvent une impression de désordre. Il semble que le chanteur privilégie la vibe et la musicalité de ses textes. En tout cas c’est plus intéressant de parler d’amour en musique. En effet, il en est beaucoup  question dans THE BRIDGE. Déclaration, séduction, fidélité, bla bla bla….Les choses qu’on voit seulement à Novelas TV. N’empêche qu’il y’ait une chanson où il parle de séparation (The Risk), de la jalousie dont il est victime (Toppo, Danse avec moi) et bien sûr il n’oublie pas de rendre grâce à DIEU pour la réussite de sa jeune carrière. Rien de bien nouveau donc, mais tout à fait normal pour un artiste de son âge. On salue l’absence de grossièretés.

Partie III : Les collaborations

Ils sont nombreux (09 au total) à avoir répondu à l’invitation du chanteur camerounais, des plus connus aux débutants : 3 rappeurs (dont un groupe) et le reste des chanteurs. Sur SKYZO il était seul maitre à bord, sur THE BRIDGE c’est ensemble qu’on fait la fête. Teeyah, qu’on ne présente plus, donne merveilleusement bien la réplique à Locko sur le très sensuel RDV. DIP le rappeur sénégalais qui a la côte en ce moment assure sur Baca en mêlant habilement rap et chant, laissant le soin à Ko-C de kicker énergiquement sur le premier couplet (avec son flow quasi unique).  Fidèle à lui-même, le chanteur a fait participer la jeune et inexpérimentée Roche DOMBOU, gagnante de son challenge promotionnel autours de la chanson Je serai là. Quand on écoute son couplet, on comprend pourquoi elle avait remporté le défi : elle a une voix réellement magnifique. Sur The Risk  ses émotions embellissent davantage son interprétation courte mais belle. Il ne serait pas surprenant qu’il envisage de la signer dans son nouveau label, rejoignant le groupe ONE 237 qui ont ravi la vedette au chanteur sur Donne ma part sur çà. Ce morceau sent le tube et permet à Locko de jouer intelligemment sur le terrain d’un certain Maahlox Le Vibeur. Nabila a fait le boulot, mais KRYS M pas du tout : elle crie beaucoup, les mélodies ne prennent pas….flop total !! Elle aussi n’arrive pas à se dépêtrer de ses influences nord américaines ; elle aurait dû chanter en français et pidgin. Magasco, comme à son habitude, fait du très bon travail sur un Gimme More orienté reggae. Ce n’est pas surprenant quand on sait qu’il est très à l’aise sur ce genre musical.

Conclusion :

THE BRIDGE est un bon album de musique contemporaine. Locko a fait ici le choix du compromis entre les tendances mainstream de l’industrie africaine en général et des influences majeures. L’opus est tout public  et marque tout de même un tournant majeur dans la carrière de l’artiste qui a énormément gagné en confiance et a dorénavant une vision claire de son ambition. Bravo l’artiste !!

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