Ils sont beaux, élégants et chantent merveilleusement bien dans leurs clips qui monopolisent TRACE AFRICA depuis bientôt 4 ans. En effet notre fou bien-aimé TENOR et le reste de la bande (LOCKO, MAGASCO et cie.) sont les figures de proue de l’un des mouvements culturels africains les plus déterminants de ce début de siècle. Ils enchaînent les succès et font rêver leurs nombreux fans dans le monde avec qui ils partagent leur passion pour la musique et plus globalement pour la culture africaine. Ce qui est vraiment formidable c’est qu’une véritable industrie se met en place, formant ce qu’on appelle le show business ; de la composition d’une chanson jusqu’à son interprétation devant un public, il y’a une pléthore de métiers qui sont réunis (musiciens, ingénieur de son, mastering, mixage, réalisation clip, promoteurs de spectacle, communicateurs….). Pour que cette industrie (bien que très informelle encore) fonctionne bien et se déploie davantage, tout le monde doit y trouver son compte. Vous voyez de quoi on parle ? Du Nkap (Argent) bien sûr !! Les artistes aussi doivent tontiner non ?! Comment les artistes camerounais gagnent leur vie ? Voyons çà plus bas.

 

Chez Kamer Urbain ça ne fait plus aucun doute : la musique c’est surtout fait pour se vendre. Raison pour laquelle dans les labels de production il n’y a plus vraiment de prise de risque ou d’originalité : on fait ce qui marche et on maximise les revenus potentiels. Quelles sont les différentes sources de rentrées financières pour un artiste camerounais ?

  • Le salaire et les royalties

Ça vous étonne hein ?! Chers lecteurs, l’artiste signé chez un label est un employé comme les autres : il a droit à un salaire (quand on parle de signature de contrat, on parle bien de contrat de travail). Cette rémunération comprend aussi les séances d’enregistrements, de répétitions, de tournages de clips, de diverses prestations etc… Quant aux redevances, c’est la contrepartie concédée à l’artiste pour avoir cédé la totalité ou une partie des droits sur les diverses exploitations des enregistrements au producteur. Le chanteur J-Jack (signé chez TRIPLE F9) par exemple perçoit un salaire, pareil pour NERNOS LE KAMSI (signé chez P Matt Records), tout comme Duc-Z au temps de l’aventure avec EMPIRE COMPANY. En France, le montant  minimum du salaire est fixé par la convention collective des artistes interprètes, mais au Cameroun la documentation existante s’intéresse principalement aux droits d’auteurs. De nombreux labels évoluent encore dans l’informel (et le jonglage), donc très peu d’artistes possèdent des contrats avec leur label ; pour ceux mêmes qui ont des contrats les clauses ne sont pas toujours respectées (montant du salaire, pourcentage des redevances…).

  • Les revenus provenant de la distribution de la musique

Durant les 20 dernières années, l’industrie de la musique a connu la plus grave crise de son histoire, perdant au passage plus de 600 millions de dollars (entre 2000 et 2008).  Les CD (originaux) ne se vendent plus et le piratage (partage peer to peer) a plombé la vente des albums numériques. Au Cameroun les conséquences ont été beaucoup plus dévastatrices : la qualité de la musique a très fortement baissé et les artistes se sont transformés en véritables mendiants. Mais le pire c’est que nous camerounais avons progressivement dévalorisé le travail de nos artistes. En effet pour certains il est beaucoup plus facile de payer 10.000 Fcfa pour assister au concert de Booba que d’acheter le dernier album de X-Maleya qui coûte pourtant 10 fois moins (disponible dans toutes les stations TRADEX). D’autres se vantent même d’avoir acheté le CD original du dernier Album de Booba intitulé TRÔNE à la FNAC, avec la jolie étiquette du prix en euro derrière. Pathétique !

La crise a été sévère pour tout le monde, mais le marché a de nouveau souri avec le succès rencontré par les plateformes de streaming comme SPOTIFY, DEEZER, APPLE MUSIC ou encore YOUTUBE qui est la 1ère du secteur avec plus d’un milliard d’abonnés. Le principe est simple : écouter la musique du monde en illimité et pour presque rien. Les albums de LOCKO, MR LEO et pleins d’autres sont en effet disponibles sur ces plateformes. Même si le taux de pénétration d’internet dans notre pays est désormais de 21% (plus que la moyenne du continent), le streaming musical n’est pas encore rentré dans nos habitudes. Donc un artiste qui distribue sa musique sur ce genre de plateforme limite la casse du flop des ventes en proposant les morceaux à la diaspora. Mais pourquoi les plateformes de streaming ? Parce que ces dernières rémunèrent les artistes en fonction des écoutes (appelés streams), mais aussi du nombre d’abonnés du mois en cours, le pays d’écoute et les royalties négociées pour l’artiste. Par exemple Youtube (le plus chiche) verse en moyenne 1 dollar pour mille vues, Spotify (la plateforme de streaming musical la plus populaire) verse 0.00397 dollar par stream. C’est très faible, mais un peu plus intéressant quand on est signé chez un label indépendant.

  • Les collabo

Le mot Featuring vous connaissez ?! Il est utilisé pour indiquer la participation d’un ou plusieurs artistes sur une chanson ou album.  Aux USA la pratique est très populaire dans le milieu du Hip-Hop et du R&B et les montants exigés par les invités (guests) montent souvent très haut. Par exemple faire figurer Kendrick Lamar sur un de ses morceaux coûte pas moins de 200.000 dollars !! Au Cameroun, c’est totalement différent. La décision de figurer en guest est plus fonction du feeling entre les artistes et des potentiels retombées (directes ou indirectes) du succès du morceau sur leurs carrières respectives. Donc très souvent l’artiste ou le label ne perçoit rien pour une collaboration.

  • Les cachets

Pour booker un artiste pour un show privé (mariages, fêtes d’entreprise, évènements promotionnels…) ou grand public (concerts, showcases, festivals etc…) il faut débourser un cachet (pour rémunérer la prestation de l’artiste) et s’occuper de son VHR (Voyage-Hébergement-Restauration). Le game a beaucoup évolué et les artistes mainstream exigent de plus en plus de CFA pour se produire. Pour avoir un LOCKO, MAAHLOX ou TENOR, il faudra dépenser plus d’un million de FCFA (sans compter le VHR); il y’a quelques années X-Maleya exigeait jusqu’à 3 millions de F CFA. Bien que ces montants varient beaucoup en fonction du type d’évènement, de la territorialité, de la côte actuelle de l’artiste, de l’existence d’un orchestre et enfin des affinités avec le manager, chacun de ces artistes a un seuil minimum en-dessous duquel ils ne peuvent descendre. C’est compréhensible parce que le cachet ne rentre pas directement dans la poche de l’artiste mais est réparti entre le label, le manager et lui; raison pour laquelle TENOR est actuellement l’artiste du game le plus cher, mais pas forcément celui qui touche le plus (Voir article sur TENOR et sa signature en major).

  • Les contrats publicitaires

Le dernier de la liste et pas des moindres. Vous avez tous aperçu les affiches publicitaires mettant en scène le rappeur TENOR (encore lui) dans la dernière campagne promotionnelle de la boisson MALTA TONIC dont il est brand ambassador depuis le mois de Janvier dernier. On l’a dit plus haut, le showbiz camerounais a grandi et de plus en plus la partie biz prend le pas sur le show. Les grandes marques viennent jouer sur le terrain de nos artistes afin de profiter de leur notoriété et ainsi glaner toujours plus de part de marché.

 

Voilà les principales sources de revenus des artistes camerounais. A cause du culte du secret maladif entretenu dans notre pays, il est difficile d’avoir de réelles données sur les montants des salaires, des cachets, des redevances, des contrats publicitaires…en fait tout ce qui concerne cet article est soigneusement passé sous silence dans le milieu. Mais il faut savoir qu’en dehors de quelques artistes mainstream qui gagnent plus ou moins bien leur vie (en fonction de leur capacité à fréquemment produire des tubes), beaucoup d’autres sont encore dans des situations précaires ou se contentent de faire de la musique uniquement par passion. L’industrie est encore fortement dérégulée et les investisseurs ne se bousculent pas pour dynamiter la production; enfin la musique en général est consommée trop gratuitement pour être rentable pour tout le monde.

KAMER URBAIN | le Reflet de la Culture Urbaine du Cameroun

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