Le 16 mars dernier sortait le 6e opus du très populaire groupe camerounais X – MALEYA, toujours sous leur propre label XM MUSIC. Intitulé Cardio, cet album vient taire les nombreuses rumeurs de séparation ou de clash qui avaient été abondamment relayées dans les réseaux sociaux plusieurs mois avant. Seulement constitué de 13 titres (2 de moins que PLAYLIST), Cardio a bénéficié d’une grosse promotion autour de sa sortie-évènement en début mars : affiches publicitaires grand format, articles dans les webzines camerounais, un clip promotionnel FIANGA et enfin un show gratuit le jour même de la sortie. Malgré plus de 10 ans de carrière (rejoignant le club fermé des cadres de la scène urbaine camerounaise encore en activité), une rigueur et un professionnalisme exemplaire (un album produit tous les 2 ans en moyenne), le boysband a été fortement secoué par la musique mainstream et ses têtes d’affiches (Locko, Magasco, Mr Leo..) durant ces 3 dernières années. Le marché étant devenu plus compétitif et les enjeux financiers plus importants, ont-ils réussi le challenge de conserver leur statut de star de l’afro pop camerounaise ? Décryptage !!

– La production :

Avant toute chose, il faut bien commencer par classer le trio musicalement. Tout le monde sait déjà que c’est un groupe d’Afro Pop, mais très peu savent que l’AfroPop n’est pas proprement un genre musical (voir article Faut-il interdire l’Afro-Pop). X – Maleya est en fait formé de 3 artistes (Roger Samnig, Auguste RIM & Haiss) qui, comme des éponges, ont pioché un peu ici et un peu là-bas dans les genres musicaux populaires camerounais (Makossa, assiko, makoune etc…) et étrangers (Hip-Hop, Pop, R&B, EDM…). C’est cette formule de composition qu’on retrouve dans toute la discographie du groupe. Mais les mélomanes ont remarqué qu’à partir de PLAYLIST (2016), le trio a proposé plus de morceaux up tempo et donc commerciaux (Doumba, Mon mariage etc…) : ils ont commencé à intégrer la notion de Banger, non sans réussite. Raison pour laquelle le premier single officiel de l’opus est Dans l’Os, un pur Banger à la camerounaise avec une excellente guitare en refrain. C’est intéressant de le souligner parce que cet instrument (qui revient beaucoup dans l’album) a la charge de rendre les refrains plus mélodieux ; on retrouve également le piano et d’autres instruments de percussion. Cela prouve que le groupe est resté tout de même fidèle à son ADN de réels musiciens et non de simples chanteurs ; ça fait du bien d’écouter des productions qui ne sont pas à 100% créées par des logiciels. Mis à part Je t’aime ou encore Dans l’Os, on retrouve des morceaux plus mid tempo. Nous avons de très belles surprises comme Makossa, Allo ou Loba qui sont directement inspirés des rythmes de chez nous (en particulier Loba qui est un énième hommage à Eboa Lotin et plus globalement à la musique sawa). Petite déception pour Mon Goût, La Seule, Fianga ou Dieu N’oublie personne  qui est en fait est le même instrumental (structure, rythme) décliné de 4 façons différentes. Les chansons n’en sont pas pour autant nulles (bien au contraire), mais ça rappelle les nombreuses critiques essuyées par le trio dans leurs albums TOUS ENSEMBLE et RÉVOLUTION au sujet de la ressemblance de plusieurs de leurs morceaux. Ces quadruplés sont calqués sur un sous-genre mid tempo très en vogue de la pop naija popularisé par Runtown dans Mad Over You. Mis à part quelques morceaux orientés pop, la majorité des morceaux (et plus globalement la sonorité) de l’opus est bien travaillée et rend le tout très digeste pour le grand public. On n’aime pas tout mais on ne jette rien.

– Le chant et les textes :

3 morceaux sont gospels dans cet album, dont l’un figure en tête de la tracklist (le magnifique Ma Prière). En dehors de Dieu donc, il est très souvent question d’amour (sur plus de la moitié des pistes). Qu’est-ce que vous voulez ? On ne se lasse pas des déclarations d’amour dans la musique et le groupe en a écrit un paquet déjà. Raison pour laquelle on est plutôt agréablement surpris de tomber sur Ta fille n’est pas ta femme qui parle de pédophilie. Enfin une chanson avec un vrai message dans ce paysage de fête où on cultive l’intérêt pour les apparences.  En gros les sujets sont plutôt classiques dans l’ensemble mais abordés comme d’habitude de manière très simpliste : Roger et Auguste, les chanteurs du groupe, ne sont pas de grands auteurs. Déjà très peu de rimes, pas beaucoup de figures de style…juste des phrases qui s’enchainent quoi. Ils misent plus sur le chant et la voix de Roger qui chante très bien (surtout dans les aigus), mais qui une nouvelle fois confisque presque à lui tout seul le micro. C’est un peu normal vu que c’est lui le leader ; en plus il semble qu’Auguste n’arrive plus à se passer d’Auto tune. Les mélodies sont belles, les paroles simples et accrocheuses (même en langue bassa), les chœurs sont bien présentes…….Le trio qui a composé presque tout l’album et le résultat est très plaisant.

– Les collaborations

Après Chidinma et J Martins le groupe a fait appel à une autre guest du pays voisin, le duo BRACKET.  Très populaires il y’a 6 ans, ils peinent aujourd’hui à faire face à la concurrence ; leur dernier tube date de 2015 déjà. On les retrouve sur la 4e piste de l’album, le sublime Makossa. Verdict ? Prestation très moyenne et courte. A la rédaction on s’attendait à beaucoup plus. Ensuite ? Et bien pas grand monde hein, déjà qu’il n’y a pas beaucoup de morceaux aussi donc….Innoss’ B, la jeune star de la musique congolaise, est le deuxième étranger à figurer sur l’album. Talentueux et versatile, il n’a eu aucun mal à poser sur le tube Dans l’Os. On a également Blanche Bailly sur Je t’aime qui n’a pas su suivre la dynamique imposée par Roger et le beat up tempo ; dans l’ensemble c’est fade. Enfin Mink’s vient clôturer le disque avec Mon Goût. Aidé par le logiciel de correction vocale, il chante durant toute sa prestation mais avec son flow énergique de MC. Au finish grosse déception côté collabos. Elles ont été moyennes dans l’ensemble : beaucoup trop de « gamins » qui partagent le même univers musical, pas de réelle prise de risques ; ça dissipe le parfum de maturité qui se dégage du projet. Ça montre aussi que le positionnement du groupe sur le marché a évolué. Conclusion : X-Maleya  continue à créer une musique agréable qui parle à tous (POP donc) mais d’abord au camerounais, ensuite flirte avec brio sur  les tendances du marché sans pour autant dénaturer son identité musicale hybride. CARDIO est un album qu’il faut absolument acheter.

KAMER URBAIN | le Reflet de la Culture Urbaine du Cameroun

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