Qui n’a jamais rêvé de recevoir un prix ?! Entendre son nom craché par les enceintes, marcher tout droit vers la scène en essayant de contrôler son hystérie sous l’ovation de la salle, tenir un bref discours (empreint de timidité et  de joie) dans lequel on remercie Dieu et sa mère (jamais le père) et enfin le lendemain lire tous les articles relayant cette victoire méritée….L’Homme a soif de reconnaissance, c’est pour cette raison que le besoin d’estime se trouve en 4e position sur la célèbre pyramide des besoins du psychologue américain Abraham MASLOW. C’est également pour cette raison que l’émotion a submergé le chanteur Dynastie Le Tigre après qu’il ait remporté le trophée du Meilleur Artiste Masculin aux derniers Canal 2’Or. Tous les artistes camerounais réellement ambitieux rêvent secrètement de connaître la gloire dans leur carrière, de goûter à la célébrité et ses très nombreux avantages. Dans cette quête de succès effrénée les prix et récompenses prestigieux sont devenus une réelle obsession. Il suffit de voir avec quelle fierté ils exhibent leurs précieuses statuettes dans les médias et les réseaux sociaux. Dans l’industrie musicale actuelle, c’est surtout devenu un gage de réussite et de crédibilité professionnelle à l’échelle nationale et internationale. Vraiment selon vous ? Un Mtv African Music Award vaut-il autant qu’un Canal 2’Or ? Stanley Enow seul artiste camerounais détenteur d’un MAMA et d’un AFRIMMA (2014) vaut-il mieux que JOVI ? Que valent réellement ces différentes récompenses ? Décryptage.

Les Grammy Awards sont certainement les récompenses de l’industrie musicale les plus prestigieuses au monde. Créés en 1958 par la National Academy of Recording Arts and Sciences, elle décerne chaque année plus de 100 trophées récompensant le travail des artistes (interprète) et des techniciens (auteur, compositeur, mixeur, ingénieur son, producteur….) dans diverses genres musicaux (Pop, Rock, Blues, Jazz, Country, Rap….) pour diverses compositions (album studio, album live, musique de film…) américaines, mais pas seulement. En effet Richard Bona a obtenu en 2002 le Grammy du Meilleur Album de Jazz Contemporain pour sa participation dans Speaking Of Now tandis que Wes Madiko a été récompensé en 1995 du Grammy du Meilleur Album de World Music  avec le groupe Deep Forest ; chose surprenante : ces deux légendes (ainsi que bon nombres d’autres artistes de pareil envergure tels Ben Decca, Toto Guillaume ou Zanzibar) n’ont jamais été primés dans leur pays. Bref c’est un autre débat mais revenons au sujet. Si les Grammy Awards sont aussi respectés, c’est surtout parce qu’ils ont bâti en près de 60 ans une très solide réputation basée sur une mission forte : primer l’excellence de l’industrie musicale. Pour se faire, c’est au total 12.000 votants, composés uniquement de professionnels de la musique (artistes, techniciens, journalistes..), qui s’efforcent avec objectivité  et expérience de sélectionner chaque année les meilleurs sur le plan de la qualité. Certes les controverses et les critiques sont nombreuses (racisme, favoritisme etc…) mais à l’heure actuelle c’est l’une des institutions dans le domaine les plus anciennes et les plus solides dans le monde.

Pourquoi parler des Grammy Awards ? Parce que c’est ce qui se fait de mieux en terme de récompense musicale de nos jours, et que cela serve de repère pour évaluer les autres prix camerounais/africains tant convoités par nos artistes et ce sur plusieurs plans.

  • Les genres musicaux

Selon nous c’est le problème le plus important. Prenons le cas des MAMA qui, à grand renfort de stars et d’argent se sont érigés comme la cérémonie de récompense la plus populaire de musique contemporaine en Afrique. Seulement 2 genres musicaux sont primés : Best Pop/Alternative et Best Hip-Hop. Ce n’est pas mieux avec les KORA ou les AFRIMMA qui vont jusqu’au Dance Hall. Comment un organisme qui dit primer l’industrie musicale  A.F.R.I.C.A.I.N.E  a créé  ZERO catégorie de musique A.F.R.I.C.A.I.N.E ?! Pas de Meilleur Artiste Makossa/Bikutsi/Assiko/Mbalax/Ndombolo/Zouglou/CoupéDécalé/AfroBeats…Rien. Donc comme Sergeo Polo ne fait pas de Pop Alternative il n’aura jamais de MAMA ?! Shame On You !!

  • Les primés

Artiste de l’année, Chanson de l’Année, Personnalité de l’Année, Meilleure collaboration, Meilleur Réalisateur, Meilleur DJ…..Qu’en est-il des hommes de l’ombre ?! Qui a pensé à récompenser les auteurs, compositeurs, producteurs et autres techniciens qui ne passent pas dans les clips ?! Le génial beat maker camerounais Softouch a été le principal artisan du succès du 1er album de Stanley Enow, mais c’est ce dernier (rappeur en formation) qui a obtenu les récompenses ; c’est pareil pour le chanteur Hugo Nyame qui a écrit et composé pour bien d’autres artistes Makossa sans reconnaissance en retour. Ces institutions doivent se dire que Vu que le public ne les connaît pas, mieux vaut économiser de l’argent pour acheter les grosses ampoules pour la soirée.

  • Les langues officielles et sous-régions

Best Francophone, Best Lusophone (pays qui parlent portugais), Best Male Central/West/North/ Africa………..Voilà les catégories bricolées dans lesquelles sont entassés des artistes appartenant à des univers musicaux complètement distincts mais tout aussi géniaux. Comment Fally Ipupa et Mr Leo peuvent se retrouver dans la même catégorie sachant que l’un est carrément basé en France ?!

  • Les votants

Très souvent au sein de ces organismes on laisse le soin aux fans de voter via le site officiel ou même par SMS. Même si le fan vote mille fois, ses mille votes seront enregistrés. Sur quelle base vote-t-on ? La qualité de la musique ? La fraîcheur de l’artiste ? La qualité d’UNE chanson de l’artiste ? L’ethnie ? La race ? Vous comprenez facilement que confier les votes à des non professionnels décrédibilise fortement les résultats puisque dans ces cas c’est le marketing autour des artistes et non la qualité de sa musique qui est récompensée. C’est l’une des principales critiques que connaît les Grammy ; en effet de nombreux artistes les accusent de privilégier de plus en plus les ventes au détriment du succès critique. Comme en Afrique la piraterie ne nous laisse pas, c’est donc sur Youtube et en boîte de nuit qu’on mesure la popularité de l’artiste. C’est la spécialité des Canal 2’Or qui est par ailleurs la seule institution connue au monde à récompenser des productions musicales dans un pays comme le Cameroun une fois tous les deux ans.

  • Les organismes de récompenses

Nous l’avons dit plus haut, les Grammy sont une grosse référence, mais ils ne sont pas exemptes de critiques. L’être humain est imparfait, ses créations et ses jugements le sont également. De nombreux artistes et journalistes leur ont reproché d’être racistes. Pas de racisme pour les BET, les AFRIMMA ou les Canal 2’or, mais beaucoup de discrimination. Les artistes des pays anglophones sont hautement favorisés dans les nominations et ce dans les catégories dites prestigieuses comme « Song Of The Year », « Best Rap ou Artist Of The Year ». Jetons un coup d’œil à la liste des nominés des AFRIMMA 2017 dont la cérémonie se tiendra le 8 Octobre prochain à Dallas (USA) : le Cameroun y est représenté seulement 9 fois, contre 59 fois pour le Nigeria. Pourquoi ? Ces organismes de récompenses sont eux-mêmes anglophones et davantage portés sur l’industrie musicale des pays africains anglophones (Nigeria, Afrique Du Sud, Ghana etc…) que sur celle des autres pays. C’est pour cette raison qu’on a créé quelques catégories (Best Francophone, Best Male Centrale Africa …..) pour consoler les autres. Que ça ne vous surprenne plus de ne pas voir Franko et ses 47 millions de vues ne même pas être nominé aux BET. Au Cameroun, dans le football de rue le 1er capitaine choisit toujours ses amis.

 

Un adage dit : « Les choses n’ont l’importance que celles que tu veux bien leur accorder ». D’illustres artistes Camerounais et Africains n’ont jamais été récompensés pour leur travail, sans pour autant que les générations suivantes ne leur vouent un véritable culte, tandis que des artistes primés et populaires un temps ont totalement disparu des mémoires de nos jours. La musique camerounaise a besoin de reconnaissance, mais d’abord et surtout de la part des Camerounais et non des étrangers. WIZKID n’est pas plus fort que Mr LEO, JOVI rappe aussi mieux que SARKODIE. Ces trophées étrangers tant convoités par nos artistes les poussent à toujours copier. C’est le même complexe qui pousse les jeunes à whaytiser, pour faire plaisir aux blancs. Ce qui manque à notre industrie musicale, c’est aussi un vrai système de valeur.

KAMER URBAIN | le Reflet de la Culture Urbaine du Cameroun

 

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